Tenue correcte exigée !

M

arlene Dietrich a incarné la femme fatale. Si elle a aimé se libérer de tous les carcans, elle s’est surtout amusée à jouer des styles en mêlant androgynie et hyperféminité. Après tout, « la femme a une très grande liberté à l’endroit du semblant » [1]. Mythe absolu de l’histoire du cinéma, elle a créé une nouvelle image de la femme : aussi libre « qu’intimidante » [2]. Si elle se donne des airs – de femme – elle est loin de l’être toute ! Elle a aimé les hommes tout autant que les femmes, s’habillant tantôt en homme tantôt en femme : trouble dans le genre ! Finalement, elle s’est toujours vêtue comme bon lui semblait, refusant d’être La femme tout en s’y référant…[3]. Qu’elle entre en scène en porte-jarretelles coiffée d’un haut-de-forme – L’Ange bleu, 1929 – ou en Général chinois parée de plumes – Shanghai Express, 1930 – elle s’est toujours affranchie de tous les diktats, jouant à l’envi du voile phallique, véritable piège à regards. S’affichant dans les années trente en tailleur-pantalon, elle provoquera la réprobation d’une société conservatrice : quel « outrage » [4] ! Elle sera arrêtée : « trouble à l’ordre public » ! Une autorisation à la Préfecture pour s’habiller en homme est requise [5]. Cette interdiction au « travestissement » [6] ne sera officiellement levée qu’en 2013 ! Le droit au port du pantalon se justifiait par les seules contraintes d’un emploi ou d’une monture (faire du cheval). Cette tenue deviendra le costume de voyage idéal avant d’être un pur objet de mode dans les années soixante.

Dietrich et quelques autres ont très tôt osé bousculer les normes de genre et Yves Saint-Laurent, entre autres, n’hésita pas à leur emboiter le pas en créant son fameux « smoking pour dames » qui devint le nouveau chic des femmes modernes !

[1] Lacan J., Le Séminaire, Livre XVIII, D’un discours qui ne serait pas du semblant, Paris, Seuil, 2006, p.35.

[2] … parce que « le beau a pour effet de suspendre, d’abaisser, de désarmer, dirais-je, le désir. La manifestation du beau intimide, interdit, le désir ». Lacan J., Le Séminaire, Livre VII, L’Éthique de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1986, p. 279.

[3] Cf. Naveau P. (2010), « Les hommes, les femmes et le semblant », Paris, La Cause freudienne,, n°73, décembre 2009, p.152.

[4] Cf. Lacan J., Le Séminaire, Livre VII, op.cit.

[5] Cf. « Ordonnance concernant le travestissement des femmes » du Préfet de police Dubois n°22 du 7/11/1800.

[6] https://madame.lefigaro.fr/societe/loi-plie-pantalon-parisiennes-040213-344048