La Rose du Jardin

L

e Jardin [1], roman graphique de Gaëlle Geniller, est le récit de Rose, jeune garçon, grandissant au début du XXe siècle, dans le cabaret tenu par sa mère, où dansent des femmes au nom de fleurs. Dans l’ambiance des années folles et un décor Art Déco, Rose commence lui aussi à danser. Il attire la curiosité du public, en particulier celle d’Aimé, dont il a éveillé l’intérêt. Lors de sa première sortie avec Rose, Aimé le questionne : « Dois-je dire “il” ou “elle” lorsque je m’adresse à vous ? » Rose répond alors avec délicatesse et subtilité : « Disons “elle” pour ce soir. Nous verrons après. »

Lors d’une interview, un journaliste lui demande s’il est une femme dans le corps d’un homme, Rose lui répond : « Je me considère comme un homme, mais un homme qui aime tellement les femmes qu’il a envie de faire comme elles », et poursuit : « Je veux sublimer le corps masculin de la même façon qu’ont les femmes de sublimer le leur. » La parution de cet article et l’afflux de spectateurs au cabaret auront des effets sur Rose : « J’ai très peur que tous ces gens me changent en quelqu’un que je ne suis pas », confie-t-il, se défendant d’être fixé par le discours de l’Autre à une identité qui l’assignerait.

Loin des polémiques des questions du genre, l’écriture et le dessin du Jardin se tiennent sur le fil de la singularité et de la différence absolue. Tel le coquelicot de l’affiche du Forum, Rose s’avance dans la voie de son désir, « unique en son genre ».

 

[1] Geniller G., Le Jardin, Paris, Delcourt, 2021.