La bonne forme

D

ans le Séminaire VIII, Lacan fait référence à Johannes Kepler, un savant du XVIe siècle qui a su « donner la première saisie de ce en quoi consiste véritablement la science moderne »[1]. Au prix d’un immense travail, il est le premier à mettre en avant le mouvement elliptique des orbites planétaires. C’est un pas gigantesque, car les conceptions de l’univers étaient jusque-là entièrement réglées sur la forme circulaire, la « bonne forme », qui a longtemps fasciné les esprits. C’est ce que Lacan nomme le « préjugé […] de la perfection de la forme circulaire »[2].

Kepler lui-même n’a pas pris la mesure de sa découverte. C’est Newton qui, quelques années plus tard, grâce à ses travaux, en extraira un réel scientifique : la loi de la gravitation universelle.

Cet exemple nous permet de saisir comment le préjugé vient recouvrir un réel qu’il empêche de saisir, et témoigne de ce qu’une époque ne peut assumer.

Alors, que nous révèlent les théories sur le gender fluid qui n’ont pu émerger qu’avec l’affaiblissement des préjugés propres à l’ordre phallique ? Que dévoile-il si ce n’est qu’au-delà de la différence sexuelle, l’identité est un trou ? Par son appui sur la science, la réponse que soutient l’époque ne cherche-elle pas, à nouveau, à « réduire aux formes supposées parfaites […] ce que l’on ne peut d’aucune manière, en tout bon sens,

[1] Lacan J., Le Séminaire, livre VIII, Le Transfert, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, p. 115.

[2] Ibid.