Houseless, mais pas homeless

N

omadland [1], film à l’affiche depuis peu, met en scène un singulier personnage, Fern, femme d’une soixantaine d’années, laquelle, sans ressources après la fermeture de l’usine où travaillait son mari, puis le décès de celui-ci, brade ce qui lui reste de biens domestiques, achète un van et part pour y vivre on the road.

Nous la suivons dans son périple au fil de campements autorisés ou non, rejoignant les nombreux laissés-pour-compte du capitalisme américain. Se reconstitue, en marge, sous la pression d’Éros et de la nécessité comme l’écrit Freud [2], une sorte de petite société faite de rencontres chaleureuses, de solidarité et de débrouille… On ne nous montre ni haine ni agressions directes, mais de brusques replis sur soi, quelques retraits. Des moments de confidences dessinent pudiquement l’envers pour chacun de ce « bonheur » apparent – la maladie, les séparations, le deuil – qui pousse chacun (comme Fern avec ses assiettes cassées), à « recoller les morceaux » comme il peut : Dave part faire connaissance avec son petit-fils ; Swankie, atteinte d’un cancer part mourir en Alaska… La petite société tient à un fil, le départ est toujours imminent.

L’interprétation du personnage de Fern par Frances McDormand est pour beaucoup dans la réussite du film. Entre générosité affichée à l’égard de ses compagnons de route et une douleur rentrée, le personnage de Fern évolue, sur le fil lui aussi entre pulsion de vie et pulsion de mort.

Aux confins entre Nomadland et No man’s land

 

 

 

[1] Zhao C., Nomadland, film, 2020.

[2] Cf. Freud S., Malaise dans la civilisation, Paris, PUF, 1986, p. 100-101.