Dissidence de genre

«U

nique en son genre », Lucy Schwob, dite Claude Cahun, l’était assurément !

Son œuvre plurielle joue, dans le miroir, de toutes les métamorphoses de son image, principalement concernant le genre. L’orientation est affirmée : « Masculin ? Féminin ? Mais ça dépend des cas, écrit-elle. Neutre est le seul genre qui me convienne toujours. S’il existait dans notre langue on n’observerait pas ce flottement de ma pensée »[1].

L’œuvre « brouille […] les cartes » entre les sexes. « Les clichés de la féminité » comme les « aspirations féministes » sont bouleversés pour « se combiner en définitive dans la figure de l’androgyne, hors norme, hors la loi, troisième sexe, ange ou démon »[2].

Lacan croise l’artiste dans les années trente. Il équivoque à partir de son nom : « LOM, LOM de base, LOM cahun corps et nan-na Kun [3] ». Comment le lire ? LOM est écrit en trois lettres en écho au nouage des trois dimensions du réel, du symbolique et de l’imaginaire. LOM, au fondement de sa subjectivité, a un corps. Ce corps, marqué de manière originelle et contingente par le signifiant, est ce qui se sent, ce à partir de quoi se déploie la subjectivité, ce à partir de quoi peut se constituer une identité.

L’artiste, lui, doit déployer tout son talent pour « fabriquer LOM avec de lalangue »[4]. C’est ce qu’opère Claude Cahun dans sa recherche singulière d’un au-delà du « binaire / non binaire ».

 

[1] Cahun C., Aveux non avenus, Paris, Éd. du Carrefour, 1930, p. 176.

[2] Ibid., p. 55.

[3] Lacan J., « Joyce le symptôme », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 565.

[4] Roch M.-H., « LOM du xxi siècle », Ornicar ? digital, https://www.wapol.org/ornicar/articles/182roc.htm