Destination singularité

L

es étudiants qui s’adressent à un psychologue dans le service de médecine préventive universitaire où j’exerce sont pris dans l’actualité des discours. L’identité de genre y est devenue quasi incontournable en matière de vie amoureuse et sexuelle.

Je pense ainsi à William, en plein « coming out FtoM ». Sa première demande est que je modifie le prénom de son dossier et ainsi (faire) savoir si le service est « transphobe » ou non. Un point l’arrête dans sa vie : seule sa mère, celle qui lui a choisi son prénom de naissance, n’est toujours pas au courant de son changement de genre.

Je pense à Swan, née femme, qui souffre de l’apparition d’une « poitrine » sur son corps et de l’image de son « sexe ». Avoir recours à la chirurgie est une possibilité mais Swan préfère susciter « l’ambiguïté » dans le regard de l’Autre et me parler des sentiments amoureux qui l’assaillent depuis peu.

Enfin, je pense à Fred, personne « non binaire » et dont le pronom « iel » est celui qui lui sied le mieux. « Assigné fille à la naissance », Fred prend des hormones. « Iel » est touché par mon effort pour sortir de « l’ignorance » sur la transidentité contrairement à sa mère, qui le « rejette » depuis toujours et qui n’aurait jamais pris cette peine.

 

Ces parlêtres poussent le psychanalyste à rejoindre « la subjectivité de son époque »[1]. Mais ce n’est pas tous les jours facile de se faire « docile »[2] ! « Penser le moment actuel »[3] est devenu une nécessité. J’attends de ce Forum d’en ressortir mieux éclairée et de pouvoir dire à chaque jeune – assigné, auto-déterminé – venez comme vous êtes… et nous verrons où cela nous mène !

 

Solenne Benbelkacem-Leblanc

[1]     Lacan J., « Fonction et champ de la parole et du langage », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 321.

[2]     Miller J.-A., « Docile au trans », Lacan Quotidien, no 928, 25/04/21, https://lacanquotidien.fr/blog/2021/04/lacan-quotidien-n-928/

[3]     Doucet C., « Unique en son genre. L’affaire sexuelle entre science et inconscient », argument pour le Forum Campus psy 2021 qui aura lieu le samedi 2 octobre, en webinaire.