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L

’affaire David Reimer est le récit, sous la forme d’épisodes, d’une bien étrange histoire. Dans l’éternel débat qui oppose la thèse essentialiste aux tenants d’un constructivisme social, cette affaire fait référence. Les études de genre alimentent aujourd’hui cette opposition. Judith Butler, dans son livre « Défaire le genre », n’y consacre pas moins d’un chapitre intitulé « Rendre justice à David »[1].

Outre David, un autre personnage, John Money, psychologue à la célèbre Université Johns Hopkins de Baltimore, occupe le devant de la scène. Sans rien divulgâcher, disons déjà que le méchant (nécessaire à toute bonne histoire) c’est lui. Éric Marty, dans son dernier livre Le sexe des modernes, souligne que J. Money « fût l’un des premiers, dans les années 1950, à introduire le concept de genre (gender) à propos du sexe humain, le premier à parler de gender role, de sexual orientation… »[2].

Nous devons la mise en scène de cette affaire tragiquement réelle, bien loin de tout comique (phallique), à John Colapinto, journaliste à la revue « Rolling Stone », qui prit soin de faire de sa rencontre avec David un récit détaillé[3]. Il sera notre source.

En résumé : Naît-on, Homme, Femme, ou le devient-on ? Voilà de quelle interrogation David fût l’objet.

David, né Bruce Reimer le 22 Août 1965 à Winnipeg, s’est suicidé, deux ans après son frère jumeau, en 2004.

Philippe Carpentier

[1]Butler Judith, Défaire le genre, « Rendre justice à David : réassignation de sexe et allégories de la transsexualité » p.87, Éditions Amsterdam, 2012

[2] Marty Éric, Le sexe des modernes, Éditions du Seuil, p.472, 2021

[3] Colapinto John, « Bruce, Brenda et David ; l’histoire du garçon que l’on transforma en fille », Éditions Denoël, 2014